samedi 26 mars 2011

La Chine dans l'inquiétude

La nouvelle centrale EPR de Taishan se construit au bord de l'eau sur un terrain sujet aux secousses sismiques.

Depuis une semaine, malgré les démentis catégoriques du gouvernement, ce qui en dit long sur la confiance qui lui est accordée, les Chinois se sont rués dans les supermarchés pour y acheter les stocks de sel iodé, pensant à tort que le condiment pouvait les protéger d’éventuelles radiations.

Comme le monde entier, les Chinois sont rivés sur leurs postes de télévision et assistent stupéfaits à la catastrophe japonaise. Aux heures de grande écoute, la chaîne nationale CCTV ne manque pas de diffuser les images de la centrale de Fukushima, avec un fond musical digne des meilleurs films catastrophe. Sans doute pour éviter tout mouvement de panique, Weibo, l’équivalent chinois de Twitter, bloque, pour sa part, toute recherche contenant l’expression "fuite radioactive".

Inquiets des éventuelles retombées de particules en provenance du Japon, les Chinois ignorent que leur pays compte mettre en service 40 nouveaux réacteurs nucléaires, ces cinq prochaines années, conformément au dernier plan quinquennal du gouvernement, qui fait du nucléaire une priorité dans la poursuite de son développement. Aujourd’hui, 75 % de l’électricité chinoise provient encore du charbon.

Mercredi 16 mars, le premier ministre, Wen Jiabao, a toutefois annoncé le gel de 26 chantiers dans l’attente de nouvelles inspections. "Mais celui de la centrale Areva de Taishan, déjà bien avancé, n’est pas concerné par cette décision", a déclaré, à La Vie, Antoine Zhang, le vice-président d’Areva Chine. L’empire du Milieu dispose actuellement de 13 centrales nucléaires en activité. La plupart sont construites le long des côtes, dont certaines soumises à des risques sismiques ; c'est le cas de celle de Taishan, actuellement en construction, où nous sommes allés à la rencontre de la population locale, déplacée...

La part de Siemens dans Areva

Areva a annoncé mardi qu'un expert indépendant avait valorisé à 1,62 milliard d'euros la part de Siemens Dans Areva, leur filiale commune de réacteurs nucléaires, en dessous de la valeur inscrite aux comptes du groupe français. Une majoration ou une réduction à hauteur de 40% pourrait s'appliquer si la procédure d'arbitrage engagée entre Areva et Siemens tranche dans ce sens, a précisé de son côté le groupe allemand dans un communiqué.

Une procédure d'arbitrage a été enclenchée au sujet du prix auquel Siemens va vendre au français ses 34% d'Areva NP, et devrait aboutir au printemps 2011, a ajouté le conglomérat allemand. "Le transfert de la participation devrait se faire à fin janvier 2012 au plus tard", a expliqué Siemens. La valorisation de l'expert indépendant, effectuée au premier trimestre 2009, s'inscrit sous la valeur comptable qui figure au bilan d'Areva.

Lorsque Siemens a annoncé sa sortie d'Areva NP au début 2009, par l'exercice d'une option de vente, Areva a maintenu en dette la valeur de la part du groupe allemand, estimée à deux milliards d'euros à fin 2007. A 10h05, les certificats d'investissement Areva chutaient de 9% à 28,655 euros à la Bourse de Paris. L'action Siemens reculait dans le même temps de 3,65% à Francfort, à 86,5 euros.

Plusieurs valeurs du secteur de l'énergie étaient mal orientées mardi matin en raison des inquiétudes croissantes au Japon après de nouvelles explosions à la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi.

Une reconduction de Anne Lauvergeon

Une reconduction d'Anne Lauvergeon à la tête du directoire d'Areva est envisageable, a déclaré dimanche le ministre de l'Energie Eric Besson.

Il a souligné qu'Anne Lauvergeon, dont le mandat arrive à échéance en juin, était "incluse automatiquement" dans la liste de candidats potentiels à sa propre succession que deux membres du conseil de surveillance d'Areva, son président Jean-Cyril Spinetta et René Ricol, doivent présenter aux pouvoirs publics.

A la question de savoir si les inquiétudes actuelles liées aux dégâts subis par la centrale nucléaire de Fukushima au Japon ne plaidaient pas pour une continuité à la tête d'Areva, Eric Besson a répondu :
"Je ne veux pas spéculer. En vous disant qu'elle est incluse, ça veut dire que c'est un scénario qui est envisageable".

Le gel du nucléaire dans le monde

Peut-on se passer des 17 % de la production d’électricité provenant du nucléaire dans le monde ? C’est peu probable. D’abord, parce que l’instabilité politique des pays du Moyen-Orient, producteurs de pétrole, fait peser des risques sur les approvisionnements mondiaux, comme l’a montré cette semaine le regain de tension entre l’Arabie saoudite et l’Iran au sujet de Bahreïn. Ensuite, il ne faut pas oublier que le nucléaire permet d’obtenir des tarifs compétitifs pour l’électricité dans les pays dépourvus d’énergies fossiles. En revanche, un gel des nouveaux projets nucléaires dans le monde paraît inévitable, comme après Tchernobyl, en 1986. Une nouvelle glaciation symbolisée par l’instauration, dès cette semaine en Allemagne, d’un moratoire de trois mois sur l’allongement de la durée de vie de 17 réacteurs et l’arrêt provisoire de 7 centrales anciennes.

La catastrophe de Fukushima aura des répercussions sur le modèle économique de la filière nucléaire dans les prochaines années. Seul Alstom, qui estime que sa stratégie de multispécialiste s’accommode de toutes les sources d’énergie primaire alors que les besoins électriques croissent mécaniquement, devrait être épargné. Mais EDF (absent du Japon) et surtout Areva (7 % des ventes au Japon) seront affectés par un gel de la relance du nucléaire. Leurs cours ont reculé de 10 % et 16,3 % en une semaine. Au-delà des 4 EPR en construction (un en Finlande, un autre à Flamanville et deux en Chine), les appels d’offres en cours (9 EPR et 1 Atméa) ou les négociations de gré à gré avec les Etats dans le cadre de choix de technologie (soit 13 EPR) sont hypothéqués, en premier lieu en Europe.

En France, l’EPR d’EDF de Flamanville doit être mis en service en 2014. Restent en débat l’EPR de Penly, dont le chantier n’a pas commencé, et le projet de réacteur Atméa de GDF Suez dans la vallée du Rhône, pour lequel la porte a été ouverte en février, sans calendrier précis. Chez Areva, on indique que ces décisions sont « politiques ». Elles seront très difficiles à faire passer dans l’opinion publique. Quant à l’allongement de la vie des centrales, le suspense reste entier. L’Autorité de sûreté nucléaire a entamé en octobre 2009 un audit de Fessenheim, le plus vieux réacteur français, mais n’en a pas encore communiqué les résultats. En Italie, la technologie EPR d’Areva a été choisie pour quatre réacteurs, pour le compte d’EDF, associé à parité avec Enel. Le gouvernement aurait souhaité que les premiers fonctionnent en 2020.

Mais la décision finale appartient aux Italiens. Un référendum sera organisé en juin afin de valider ce choix. Quelques mois seulement après la catastrophe japonaise, la population risque fort de répondre non, d’autant que l’Italie est une région sismique…

Les chances d’EDF et d’Areva sont un peu plus grandes au Royaume-Uni, où 18 des 19 centrales nucléaires qui doivent être fermées d’ici à 2023 seront remplacées. Six projets d’EPR ont été soumis à appel d’offres par Areva auprès d’opérateurs britanniques. Quant au premier des 4 EPR qu’EDF compte exploiter, il devait être opérationnel dès 2018, bien que les contrats ne soient pas encore signés avec Areva.

Mais le ministre de l’Energie britannique a demandé une enquête sur le parc nucléaire national. Les conclusions pourraient exiger un renforcement de la sécurité et causer des retards de chantier.
Ailleurs dans le monde, la poursuite des projets nucléaires dépendra d’enjeux nationaux. Les 4 EPR envisagés aux Etats-Unis étaient déjà mal en point depuis 2010 et la rupture de l’alliance entre EDF et Constellation. Par ailleurs, le développement du gaz non conventionnel rend le nucléaire moins compétitif.

Les chances pour EDF et Areva deviennent minimes. En Chine, les deux EPR construits par EDF avec son allié CGNPC, commandés à Areva, devraient être mis en service à partir de 2014. Mais la visibilité pour le second volet de 2 réacteurs est faible. Pékin a suspendu toute approbation de nouveau projet. L’Inde, où Areva est en phase de signature pour deux EPR sans EDF (et peut-être 4 autres par la suite) n’envisagerait pas de stopper ses plans.

Des questions se posent également pour les acteurs « collatéraux » du nucléaire, comme la SSII Assystem, qui y réalise 22 % de ses facturations. Le groupe se dit peu inquiet à court terme pour ses activités d’ingénierie. La surveillance des sites pourrait être rapatriée au sein d’EDF, pressée par des contraintes de sécurité, mais cela ne représente qu’une part « marginale » du chiffre d’affaires du groupe.

Tiré de investir.fr

Etude des centrales

Le Premier ministre François Fillon a demandé à l'Autorité de sûreté nucléaire de réaliser un audit des 19 centrales et 58 réacteurs nucléaires de France, selon une lettre rendue publique jeudi.

Les installations nucléaires seront examinées une par une, dans l'objectif de détecter tout problème qui pourrait être entraîné par "les risques d'inondation, de séisme, de perte des alimentations électriques et de perte du refroidissement", a précisé François Fillon dans cette lettre. Il s'agira également d'étudier "la gestion opérationnelle des situations accidentelles".

"Je souhaite que vous examiniez, installation par installation, si des améliorations sont nécessaires à la lumière des enseignements qui seront tirés de l'accident [de la centrale nucléaire japonaise de] Fukushima", a-t-il indiqué.

L'ASN est chargée d'établir sous un mois un cahier des charges et un calendrier, et doit livrer ses premières conclusions d'ici la fin de l'année, a précisé le Premier ministre, ajoutant que cette démarche devait être "effectuée de manière ouverte et transparente", en partenariat avec le haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire.

Le gouvernement français avait annoncé dès le 15 mars son projet d'audit pour toutes les centrales nucléaires françaises.

Mais faut-il attendre une catastrophe pour réagir?

Les salariés de Bourgogne solidaire avec le Japon

La crise nucléaire que traverse le Japon est évidemment suivie par les salariés bourguignons d'Areva.
1100 personnes travaillent sur le site d'Areva à Chalon-sur-Saône et Saint-Marcel en Saône-et-Loire. Ces salariés du nucléaire suivent attentivement la crise qui se déroule en ce moment-même au Japon.
 Vidéo
 
Ils saluent le courage des ouvriers qui tentent d'endiguer la catastrophe de la centrale de Fukushima. Selon eux, de tels accidents ne seraient pas envisageables dans les installations nucléaires françaises.

Ceci-dit, ils plaident pour que le nucléaire reste du domaine public en France. Ce n'était pas le cas au Japon. La centrale de Fukushima appartient à la société privée Tepco. Cette entreprise a été au coeur d'un scandale en 2002.

On a découvert alors que, dans les années 1980 et 1990, la compagnie avait falsifié une trentaine de rapports d'inspection faisant état de fissures ou de corrosion sur les enveloppes entourant les réacteurs. Parmi ceux-ci figuraient déjà ceux de Fukushima. Plusieurs réacteurs ont alors été fermés et la direction avait été contrainte de démissionner.

mardi 15 mars 2011

L'explosion de réacteurs au Japon suite au tsunami relance le débat sur le nucléaire en France et en Europe

Le drame est encore frais dans notre esprit. Le Japon a été frappé Jeudi 10 mars 2011 par un tremblement de terre de magnitude 8.9 sur l'échelle de Richter. Ce tremblement de terre qui a lieu sous la mer à une profondeur de 30 km a soulevé d'énormes vagues de plus de 10 mètres créant un tsunami géant qui a déferlé sur les zones côtières de l'archipel ainsi qu'a l'intérieur des terres jusqu'à plus de 5 km, emportant tout sur son passage. C'est le plus important catastrophe qu'a connu  le pays  depuis la seconde guerre mondiale. Et comme si cela ne suffisait pas, d'autres répliques ont suivi les journées du vendredi et de samedi, et le pays tout entier est plongé dans une peur panique de nouvelles répliques.

Dans ce contexte apocalyptique, les réacteurs N°1, 2  et 3 de la centrale nucléaire de Fukushima n'ont pas résisté à la puissance diabolique des eaux. Ces réacteurs ont explosé l'un à la suite de l'autre diffusant dans l'atmosphère leur nuage radioactif synonyme de mort et de désolation.

IL n'en a pas fallu plus pour que le débat sur la durée de vie des réacteurs et l'utilité à long terme de l'exploitation de l'énergie nucléaire soit relancé en France et en Europe 

La France est le pays qui dispose le plus de réacteurs en Europe avec 53 réacteurs, suivie de la Grande Bretagne  et de l'Allemagne. Si ces réacteurs permettent aux pays  de jouir d'une indépendance énergétique, il n'est en pas moins dangereux pour la population civile et l'environnement, encore plus dans le contexte actuel.
Ainsi certains pays à l'image de l'Allemagne ont déjà pris des mesures. En effet Angela Merkal a annoncé l'arrêt de 7 réacteurs; la Suède promet de ne pas remplacer les réacteurs arrivés en fin de vie. En France, cela suscite énormément de débats car Nicolas Sarkozy avait proposé de prolonger leur durée de vie. Ce qui est désormais peu probable eu égard aux derniers évènements.  

Aujourd'hui la question qui est sur toutes les lèvres est qu'elle avenir pour le nucléaire dans le monde?